À Vancouver, une tour-jardin réinvente la vie en hauteur
Avec The Butterfly, Revery Architecture transforme le rapport entre densité urbaine, nature et vie collective. Au cœur de Vancouver, une tour résidentielle de 57 étages s’élève aux côtés de la First Baptist Church, édifice néogothique construit en 1911. Un ensemble hybride qui associe logements, habitat social, équipements communautaires et restauration patrimoniale.
Dans le paysage urbain de Vancouver, The Butterfly ne passe évidemment pas inaperçu. Sa silhouette ondulante, presque organique, tranche avec la rigueur géométrique habituelle des tours résidentielles. Mais derrière cette façade sculpturale se cache une ambition plus vaste : repenser la vie en hauteur en rapprochant les habitants de la nature et en faisant de la densité un support pour la vie collective.
Conçu par Revery Architecture pour Westbank et la First Baptist Church, le complexe développe environ 605 000 pieds carrés, soit plus de 56 000 m². Il réunit une tour résidentielle de 57 étages, un immeuble de logements locatifs sociaux de moyenne hauteur et la restauration-extension de la First Baptist Church, l’une des plus anciennes églises de Vancouver. Le projet est aujourd’hui achevé et constitue l’une des réalisations les plus singulières du centre-ville canadien.
Une tour qui refuse le couloir fermé
Le geste architectural le plus remarquable de The Butterfly se trouve peut-être moins dans sa silhouette que dans son organisation intérieure.
Plutôt que de distribuer les logements autour de couloirs intérieurs conventionnels, Revery Architecture a imaginé des circulations ouvertes sur l’extérieur. À chaque niveau, les habitants quittent les ascenseurs pour rejoindre des coursives à ciel ouvert, largement ventilées naturellement.
Ces espaces deviennent progressivement de véritables jardins suspendus. La végétation accompagne les circulations et introduit dans la tour une dimension habituellement réservée aux maisons ou aux bâtiments de faible hauteur. Tous les trois niveaux environ, ces espaces s’élargissent en sky gardens plantés d’arbres et équipés de bancs, offrant des lieux de pause et de rencontre avec vue sur la ville.
Le principe répond directement à la volonté de Revery Architecture de remettre en question le modèle traditionnel de la tour résidentielle. La nature n’est plus simplement visible depuis les appartements : elle devient une composante de l’expérience quotidienne du bâtiment.
Cette ouverture possède également une fonction environnementale. Les coursives favorisent la ventilation naturelle, l’apport de lumière et le rafraîchissement des espaces. Selon les données communiquées pour le projet, cette stratégie permettrait d’économiser environ 400 000 kWh d’énergie par an et de réduire de plus de 10 % la consommation énergétique de la tour par rapport à une organisation traditionnelle avec couloirs fermés.
Une architecture inspirée des forces naturelles
Le nom du projet n’est pas uniquement une référence poétique. La forme de The Butterfly cherche à évoquer le mouvement, la légèreté et la transformation.
La volumétrie est constituée de formes courbes et de balcons ondulants qui donnent à la façade une apparence presque mouvante. Le plancher est divisé afin de créer ces ouvertures verticales et de favoriser la circulation de l’air et de la lumière au cœur de la tour.
Cette configuration contribue également à améliorer les vues tout en limitant l’impact des ombres portées sur les bâtiments voisins. Des études poussées sur le vent ont été réalisées afin de calibrer les dimensions des espaces ouverts et leurs protections, de manière à conserver un niveau de confort acceptable malgré les conditions météorologiques propres aux grandes hauteurs.
Au pied de la tour, quatre grandes découpes paraboliques viennent sculpter le socle. Elles font directement écho à l’échelle et à la présence du clocher de la First Baptist Church tout en créant des espaces publics et des cours paysagées.
Un dialogue avec une église centenaire
Le contraste entre The Butterfly et la First Baptist Church pourrait difficilement être plus marqué.
Construite en 1911 dans le style néogothique, l’église constitue un élément patrimonial majeur du site. L’intervention ne cherche pourtant pas à opposer architecture contemporaine et bâtiment historique. Au contraire, le projet repose sur leur complémentarité.
La restauration a notamment porté sur la structure, la maçonnerie, les vitraux, les menuiseries et différents éléments intérieurs. Le bâtiment a également fait l’objet d’importants travaux de renforcement sismique, d’amélioration de l’accessibilité et de modernisation de ses installations techniques.
L’un des espaces les plus significatifs, Pinder Hall, a retrouvé son volume d’origine sur deux niveaux. Une intervention réalisée lors d’une précédente rénovation avait divisé l’espace et masqué une partie de ses éléments architecturaux. La restauration a permis de révéler à nouveau les structures en bois, les colonnes, les poutres et les fermes historiques.
Même les célèbres carillons Deagan de l’église, restés silencieux pendant plusieurs décennies, ont été restaurés. L’intervention associe ainsi conservation patrimoniale et adaptation aux usages contemporains, notamment pour les célébrations, les spectacles, les mariages et les activités communautaires.
Une « verticale » au service de la communauté
Le projet dépasse largement la question du logement privé. L’ensemble accueille également des espaces destinés à la vie collective : services de conseil, garderie, espaces polyvalents, équipements sportifs, programmes communautaires et infrastructures liées à l’église.
Un bâtiment locatif de moyenne hauteur complète le dispositif et introduit une composante de logement social dans le complexe. Ses espaces communs comprennent notamment des jardins en toiture, des parcelles consacrées à l’agriculture urbaine, des cuisines extérieures et des aires de jeux.
Plus de 25 % des logements de cet immeuble disposent de deux chambres ou davantage, afin de répondre à une diversité de profils familiaux et générationnels.
Cette mixité est au cœur de la conception. Le projet cherche à faire cohabiter, sur un même site, des logements de différents statuts avec des services et des espaces collectifs. L’objectif est de créer une sorte de « quartier vertical », où les infrastructures sociales ne sont pas reléguées à distance des lieux d’habitation.
Une galerie entre deux époques
Entre l’église et la tour, une grande galerie baignée de lumière joue un rôle essentiel.
Plus qu’un simple espace de circulation, elle constitue une interface entre les deux architectures et devient une véritable pièce urbaine. Elle dessert notamment les programmes communautaires et accueille des espaces susceptibles d’être utilisés pour des rencontres informelles ou des événements.
Un grand escalier et une scène intégrée renforcent cette dimension publique, tandis que les espaces paysagers au rez-de-chaussée prolongent la relation avec la ville.
Le dispositif contribue ainsi à rendre le site plus perméable. La tour ne se contente pas de s’élever au-dessus de la ville : son socle cherche à participer à la vie du quartier.
Une architecture biophilique à grande échelle
La végétation constitue un fil conducteur de l’ensemble du projet.
Outre les jardins suspendus, The Butterfly intègre des cours paysagées, des toitures végétalisées et différents espaces extérieurs partagés. La piscine de 50 mètres, installée au sommet du socle, bénéficie elle aussi d’une relation privilégiée avec la lumière naturelle et les vues.
Son enveloppe vitrée est portée par une série de nervures préfabriquées en béton qui intègrent différents réseaux techniques. Les 36 nervures principales ont été assemblées sur place à partir de 147 éléments préfabriqués, permettant de réduire la durée et la complexité du chantier.
Cette volonté de rapprocher l’habitant du végétal et des éléments naturels s’inscrit dans une approche plus large de conception biophilique. À Vancouver, où la montagne, l’océan et la forêt constituent une composante majeure de l’identité urbaine, le projet tente de transposer cette relation avec la nature à l’échelle d’un immeuble de grande hauteur.
La performance environnementale comme partie intégrante du projet
The Butterfly vise les standards LEED Gold et associe plusieurs stratégies destinées à réduire sa consommation énergétique et son empreinte carbone.
L’enveloppe préfabriquée à haute performance, les proportions maîtrisées de vitrage, les systèmes de ventilation et de chauffage à haut rendement ainsi que l’utilisation d’un réseau énergétique urbain à faible émission de carbone participent à cette stratégie.
Selon les données communiquées pour le projet, la consommation énergétique serait réduite de 45 % par rapport à une référence conventionnelle, tandis que les émissions opérationnelles de carbone pourraient diminuer de 68 à 85 % selon la part d’énergie renouvelable issue du système énergétique local. La consommation d’eau potable doit quant à elle être réduite de moitié.
Le projet mise également sur les mobilités alternatives avec 465 emplacements pour vélos, des véhicules d’autopartage accessibles au public et des dispositifs de partage destinés aux résidents.
Faire de la densité une expérience collective
The Butterfly propose finalement une lecture différente de la grande hauteur. La densité n’y est pas seulement une réponse à la pression foncière de Vancouver : elle devient le support d’une nouvelle manière d’habiter.
La tour apporte la verticalité, les jardins suspendus introduisent le paysage, la galerie crée un espace commun, l’église conserve la mémoire du lieu et le bâtiment locatif inscrit le projet dans une logique de diversité sociale.
Cette coexistence entre des programmes, des générations et des statuts différents constitue probablement l’aspect le plus ambitieux du projet. Là où la tour résidentielle traditionnelle tend à isoler ses habitants derrière une succession de portes et de couloirs, The Butterfly tente au contraire de multiplier les lieux intermédiaires : jardins, coursives, terrasses, équipements collectifs et espaces communautaires.
Avec sa silhouette spectaculaire, The Butterfly pourrait facilement se réduire à une nouvelle icône du skyline de Vancouver. Revery Architecture cherche cependant à lui donner une autre dimension : celle d’un morceau de ville vertical, dans lequel patrimoine, nature, habitat et vie collective ne sont pas conçus comme des éléments concurrents, mais comme les différentes composantes d’un même écosystème urbain.




