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Le stade qui s’ouvre à la ville

À Bayonne, le stade Jean Dauger n’est pas un équipement sportif comme les autres. Implanté au cœur de la ville, inscrit dans la ceinture verte héritée des anciens remparts, il participe depuis toujours à la vie urbaine autant qu’à l’histoire sportive locale. Sa restructuration progressive, engagée depuis 2020 sous la direction de l’architecte Patrick Arotcharen, dépasse aujourd’hui largement la seule question du rugby.

Le projet concerne l’ensemble de la plaine des sports Jean Dauger, maillon sud d’un vaste système paysager reliant le centre ancien aux quartiers périphériques. Longtemps perçue comme une rupture urbaine, cette ceinture verte fait désormais l’objet d’une reconquête douce, privilégiant les cheminements piétons et cyclables, les usages quotidiens et la continuité paysagère.

D’un vélodrome à un « chaudron » urbain

À l’origine, le stade Jean Dauger était structuré selon une géométrie de type vélodrome, avec piste d’athlétisme et tribunes éloignées du terrain. Le projet architectural transforme radicalement cette configuration en rapprochant les tribunes au plus près de la pelouse, pour créer un stade compact, intense, pensé comme un chaudron favorisant la communion entre joueurs et supporters .

Cette transformation s’opère sans tabula rasa. La tribune d’honneur historique est conservée comme point fixe, tandis que les nouvelles tribunes Est, Sud et les virages viennent progressivement refermer l’anneau. Ce mouvement centripète libère en périphérie des espaces publics, parvis, promenades et talus paysagers, qui reconnectent le stade à la ville.

Un projet par phases, au rythme de la ville

La restructuration est pensée comme un processus long, évolutif, s’étalant de 2020 à l’horizon 2025 et au-delà. Chaque tribune constitue un objet architectural autonome mais relié à un projet global, permettant d’adapter le phasage aux contraintes budgétaires et aux usages en constante évolution .

Déjà réalisés ou en cours, la tribune Est (2021), la tribune Sud et son parvis (2022–2023), ainsi que l’AB Campus, centre de formation et de performance de l’Aviron Bayonnais, participent à cette recomposition progressive du site.

Ouvrir le stade au quotidien

L’un des enjeux majeurs du projet est de faire du stade un lieu actif en dehors des jours de match. Les tribunes intègrent des programmes ouverts au public : bodega, musée du rugby, boutique, salons réceptifs, restaurant, bureaux, espaces de formation et de soins pour les sportifs.

Les circulations verticales, souvent enfermées dans l’épaisseur des gradins, sont ici rejetées à l’extérieur. Escaliers et passerelles métalliques se déploient dans les arbres du parc, offrant une lecture transparente des tribunes et une continuité visuelle entre paysage, architecture et vie intérieure.

Paysage, frugalité et mémoire

L’écriture architecturale privilégie le béton brut, le métal et le bois, sans effet décoratif. Les volumes s’adossent à des merlons paysagers et des talus qui absorbent les hauteurs construites et limitent l’impact visuel depuis l’espace public. Le stade semble ainsi partiellement encaissé dans le parc, rappelant l’imaginaire collectif d’un terrain en contrebas, inscrit dans la topographie bayonnaise.

Avec l’AB Campus, l’architecture s’efface encore davantage au profit du paysage. Sa grande toiture enveloppante, traitée comme une butte végétalisée, prolonge les aménagements paysagers liés au futur transport en commun en site propre, laissant émerger les silhouettes emblématiques de la tribune d’honneur, des remparts et de la cathédrale.

Un équipement sportif devenu pièce de ville

À travers la restructuration du stade Jean Dauger, Bayonne expérimente une autre manière de penser les grands équipements sportifs : non comme des objets autonomes et ponctuels, mais comme des édifices urbains, capables de générer de l’espace public, du paysage et des usages quotidiens.

Plus qu’un stade modernisé, le projet dessine un parc habité, traversé, approprié, où le rugby demeure central sans être exclusif. Une transformation patiente, discrète parfois, mais profondément ancrée dans la géographie et l’histoire de la ville.

— 27 Gennaio 2026 —